SPIP (Système de Publication pour l’Internet Partagé) est un CMS libre et gratuit créé en 2001, pensé dès l’origine pour la publication collaborative : plusieurs rédacteurs, des rôles définis, un circuit de validation des articles. Né dans le monde francophone autour du site uZine, il se distingue par son système de squelettes, qui sépare totalement le contenu de sa présentation, et par un multilinguisme natif. Sa mascotte est un écureuil volant, clin d’œil à Spirou : on a connu des signes de sérieux plus pompeux, et pourtant SPIP fait tourner une bonne partie du web institutionnel français depuis vingt-cinq ans.

En bref

  • Libre et gratuit (licence GPL), francophone d’origine, activement maintenu : branche 4.4, compatible PHP 8.2.
  • Collaboration native : rôles, permissions et circuit de validation intégrés, sans plugin.
  • Multilinguisme natif : les versions traduites d’un article sont liées entre elles dans le cœur du CMS.
  • Squelettes et boucles : une personnalisation très fine de l’affichage, au prix d’un apprentissage technique.

Ce qui fait la particularité de SPIP

Trois traits distinguent SPIP de la masse des CMS, et ils découlent tous de son ADN éditorial.

La collaboration native d’abord : là où WordPress a été conçu pour un blogueur seul puis étendu, SPIP a été conçu pour une rédaction. Administrateurs, rédacteurs et visiteurs ont des rôles définis dans le cœur du logiciel, et un article suit un vrai circuit : proposé, discuté dans l’espace privé, validé, publié. Pour un média associatif ou un site de collectivité alimenté par plusieurs services, ce circuit intégré évite l’empilement de plugins de workflow.

Le multilinguisme natif ensuite : les traductions d’un article sont liées entre elles nativement, les squelettes s’adaptent à la langue, et l’interface d’administration elle-même existe en dizaines de langues. Sur un site multilingue, c’est un avantage structurel sur les CMS où la traduction est un plugin ajouté après coup.

Les squelettes et les boucles enfin, la signature technique de SPIP : la présentation est décrite dans des fichiers de squelettes, où des boucles interrogent le contenu (« pour chaque article de cette rubrique, affiche le titre et le chapo »). Le contenu et sa mise en forme sont totalement découplés : on peut refondre intégralement l’apparence d’un site sans toucher à une seule donnée. La contrepartie est honnête : ce langage de boucles s’apprend, et il ne ressemble à rien d’autre.

Qui utilise encore SPIP en 2026

Contrairement à une idée reçue tenace, SPIP n’est ni mort ni à l’abandon. Le projet publie des versions à un rythme mensuel : la branche 4.4 est la branche stable actuelle, avec une 4.4.15 en mai 2026 et un correctif de sécurité 4.4.16 en juillet 2026, le tout compatible PHP 8.2. Côté base de données, SPIP fonctionne avec MySQL, mais aussi SQLite et PostgreSQL, une souplesse rare dans sa catégorie.

Son terrain de prédilection n’a pas changé : les institutions publiques françaises, ministères et services de l’État en tête, les collectivités territoriales, les associations et les médias indépendants.

Ce n’est pas un hasard : logiciel libre, sans coût de licence, souverain, multilingue et pensé pour des rédactions à plusieurs mains, SPIP coche précisément les cases d’un cahier des charges public.

Ces sites vivent longtemps, et c’est bien pour ça que la question de mettre à jour SPIP régulièrement se pose à tous leurs gestionnaires : un CMS maintenu ne protège que si le site suit les versions.

Les limites de SPIP

Elles sont réelles et il faut les connaître avant de choisir. La communauté est restreinte comparée aux mastodontes : active et compétente, mais petite ; trouver un tutoriel pointu, un thème prêt à l’emploi ou une réponse rapide sur un cas exotique prend plus de temps que dans l’écosystème WordPress. La bibliothèque de plugins est limitée : SPIP couvre remarquablement bien les besoins éditoriaux sans extension, mais dès qu’on sort de ce périmètre (e-commerce avancé, espace communautaire, fonctionnalités applicatives), l’écosystème ne suit pas et il faut développer sur mesure ou changer d’outil. Enfin, la courbe technique des squelettes : simple pour les rédacteurs, SPIP est exigeant pour qui personnalise, et le langage de boucles est une compétence de niche, ce qui nous amène directement à la question des développeurs disponibles.

SPIP ou Drupal (ou WordPress) : que choisir ?

La question revient systématiquement dans les appels d’offres publics, où SPIP et Drupal sont les deux libres historiques en présence, WordPress s’invitant partout ailleurs. Comparaison honnête :

Critère SPIP Drupal WordPress
Cas d'usage idéal Publication éditoriale collaborative Portails complexes, données structurées Polyvalence, tous types de sites
Prise en main rédacteur Simple Exigeante Simple
Personnalisation technique Squelettes/boucles, langage propre Très puissante, courbe raide Thèmes/hooks PHP, ressources infinies
Écosystème d'extensions Restreint Important Immense
Multilinguisme Natif Natif (modules cœur) Via extensions
Développeurs disponibles Rares Peu nombreux Partout

En résumé : pour un site purement éditorial et collaboratif, notamment institutionnel, SPIP reste un excellent choix, sobre et pérenne. Pour un portail aux besoins complexes (données structurées, workflows métier, intégrations lourdes), Drupal offre davantage de puissance, au prix d’une complexité assumée. Pour tout le reste, la polyvalence et l’écosystème de WordPress l’emportent, ne serait-ce que par la facilité à trouver thèmes, extensions et prestataires. Le mauvais choix n’est pas un de ces trois CMS : c’est celui qui ne correspond pas au profil de votre équipe et de votre projet.

Faire maintenir ou évoluer un site SPIP

C’est le paradoxe de SPIP en 2026 : des milliers de sites institutionnels et associatifs en dépendent, et les développeurs qui maîtrisent ses squelettes se comptent, eux, de moins en moins. Beaucoup de ces sites vivent donc sans mainteneur, sur des versions anciennes, alors même que le projet publie des correctifs de sécurité régulièrement, encore en juillet 2026. Un site SPIP non mis à jour est exactement aussi vulnérable qu’un WordPress non mis à jour ; il est juste moins bien entouré.

Concrètement, la maintenance d’un site SPIP recouvre les mises à jour de sécurité de la branche courante, la montée de version majeure quand la branche vieillit, l’adaptation des squelettes qui l’accompagne, et la compatibilité PHP au fil des exigences de l’hébergeur. Notre façon de faire : chaque mise à jour est d’abord déroulée sur une copie du site en environnement local puis en préproduction, squelettes et plugins vérifiés, avant de toucher au site public. Et quand le projet le justifie, nous accompagnons aussi la migration vers un autre CMS, données et référencement conservés.

FAQ

Oui, activement. La branche 4.4 est la branche stable, avec des versions publiées à un rythme mensuel, dont un correctif de sécurité en juillet 2026, et une compatibilité PHP 8.2. Le projet est porté par une communauté bénévole, ce qui explique sa discrétion, pas son abandon.

Oui, entièrement. SPIP est un logiciel libre sous licence GPL : téléchargement, utilisation et modification sont gratuits, sans version premium. Les coûts d’un site SPIP sont ceux de tout site : hébergement, création des squelettes, et maintenance dans le temps.

Oui. La migration consiste à exporter les contenus SPIP (articles, rubriques, auteurs, documents), à les importer dans la structure WordPress, puis à recréer la mise en forme et à rediriger les anciennes URLs pour préserver le référencement. C’est un projet comparable à toute migration WordPress : sa réussite tient aux redirections et à la recette, pas au volume de contenu.

Vingt-cinq ans après sa création, SPIP occupe toujours la place pour laquelle il a été conçu : celle d’un outil de publication collaborative sobre, libre et durable. Il ne cherche pas à tout faire, et c’est sa force comme sa limite. Si votre site SPIP a besoin d’un mainteneur, d’une montée de version ou d’un avis sur son avenir, parlons-en.